FEVRIER, MOIS DES MASQUES…

Bah, je suis un peu mélancolique ces temps-ci. A entreprendre un grand métier, par pur défi, il arrive, pour peu que l’on ait choisi la Route des Indes par l’ouest, inconnue de tous et en délirant sur la position où l’on croit être sur la carte, que l’on se  sente seul. Et loin. Même si l’on a un  équipage dévoué. C’est ce qui m’est arrivé il y a quelques jours. En voilà une expérience puisque j’ai goûté pour la première fois un Trevallon, qui était un rouge de 1999. Vendangé au siècle dernier donc. Et là, je suis tombé à genoux. Que dire ? Que c’était une merveille. D’intelligence, de saveurs, d’équilibre, de fraîcheur. Bref, j’ai tremblé. Je me suis dit, comment ont-ils réussi ça ? A Nicolas de Rouyn. qui avait posé cette carafe sur la table, j‘ai avoué le lendemain que j’en avais pris un coup. Comment ils ont fait ça ? J’ai tremblé parce qu’il m’a semblé que ce que je cherchais – sans savoir – était là, dans ce flacon. Incomparable, éclatant. Je voudrais ça pour Chante Cocotte. Alors que faire ? Etre plus précis ? Plus pointu ? Vendanger plus tôt, plus tard ? En raisonné, en biodynamie ? Je découvre le « Grand Jeu », celui où justement il ne faut pas avoir le bras qui tremble, où le ciel et l’ondée commandent, où la terre parle, où ceux, arc-boutés sur la plante taillent, griffent, fument et remontent les ceps en espérant cette fois encore être au jour et à l’heure… Je n’oublie pas les sorciers de la cave. Qui peut mieux dire ?

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Bon, bon. Reprenons, nous avons fait le voyage à New York city. Où l’accueil pour les Cocottes fut très bon. Mais, moi qui passe du temps chez les anglos saxons, je sais qu’ici, un compliment ne vaut rien. Autrement dit, c’est une façon de zapper car la seule chose qui vaille avec  « ces gens-là, Monsieur » est une commande. Et la commande justement, nous l’avons eue. Au moment où je vous écris, je bagarre pour aller aussi au Japon, à Tokyo, à l’hôtel Impérial (wow) où l’on attend nos flacons. Pays et ville qui m’enchantent, où le savoir vivre est un art aussi précis qu’en France. Je bagarre aussi pour Londres et comme me dit Philippe Courian : « Courage… avec eux… ». Je sais, je sais. Au fond  je ne voudrais qu’une chose, avoir des lettres comme celle-ci, venue des Alpes Maritimes : «  Votre vin est magique » ; Merci Mr Caron de Fripouneige à Roubion, nous allons essayer de continuer de ce côté-là.

Dorénavant, nous appellerons ça, de vous à moi,  le complexe de Trevallon. Et puis, il ya les travaux des jours, de la vigne à la cave. Cette parcelle que nous sommes en train d’acheter et qui nous irait bien. Oh ! 30 ares, pas de quoi fouetter un chat. Et puis aussi, il y a mes tours sans fin, seul, dans les garrigues, à contempler la caillasse, à renifler la terre et le sens du vent, à écouter ceux d’ici croisés par hasard, qui me disent que « de tous temps » cette parcelle était bonne et que ces temps-ci, Monsieur, ça marche pas le vin vous savez, alors on a laissé tomber. On sera tous fonctionnaires si on a du bol où RSA si on en a pas. Allez, je m’excuse Monsieur, je continue la taille. Alors le vieil homme et moi, avant de nous quitter levons la tête ensemble pour humer le vent qui vient de la mer. Ah ! c’est vous le type dont on parle, qui avez trouvé ce nom ridicule pour votre vin, il paraît que c’est cher…

Et voilà que je souris.

A la dégustation de décembre avec Claude (Gros), Mr Bernard et Mr Robert nous avons été agacés, c’était droit, sans aucun doute, mais il nous manquait quelque chose. On s’est dit, bon, c’est l’hiver. On verra en janvier, pour les assemblages. En janvier on a regoûté et on a assemblé. L’hiver n’a pas été très rude pour le moment et le vin sommeillait dans les barriques. Il hésitait. Alors, et maintenant ? Un peu de la 2, plus de la 3 ? Ecoutez, Chante Cocotte commençait à montrer son nez. La Petite  était plus en place et la Blanche 2012 suivait le même chemin que la Blanche 2011 avec, pour le moment, plus de vivacité. On mettra tout ça en bouteille au printemps. Et   l’on attendra. Bah ! Attendre… Ça me rend dingue. Aux environs du 20 janvier Claude a présenté Chante Cocotte a un Parker’s boy ( Jebb Dunnuck)( bonne tête). Bon, et alors et alors ? Eh ! ne vendons pas la peau du merlot avant de… même si on a déjà une idée de la suite.  Je vous en parlerai dès que ça tombera (la note)

On a à peine mis en vente le 2011, nos amis nous suivent et nous conseillons de ne pas l’ouvrir encore. Attendre donc. D’après les experts, c’est « un monstre ». Et si, 14 ans plus tard, comme pour Trevallon 1999, on tombait de la chaise en jappant de joie pour Chante Cocotte 2011, c’est qui qui serait content ?

C’est Bibi.

Mais moi, bon, pour ce que j’en dis.

Salut les amis.

PS : Vu que je fais aussi « de l’écriture » , je vous annonce que mon prochain roman (un recueil de nouvelles) sera en librairie le 5 mars. Ca s’appelle « Jamais les papillons ne voyagent », c’est édité par Fayard. Mon 6éme roman. Avec un verre de Chante Cocotte, ça devrait le faire… (ou de Blanche)